Les fous du piano

Comment avoir l’oreille musicale et la développer ?

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Version vidéo de l’article :

C’est une question qu’on me pose souvent sur ce site.

Il est difficile pour vous de reconnaître les notes en les écoutant ?

Quand vous jouez, vous utilisez des repères visuels plutôt qu’auditifs ? Par exemple en visualisant la note sur la partition et sur votre clavier, mais sans savoir exactement le son qu’elle va produire une fois la touche enfoncée ?

Développer votre oreille vous fera forcément progresser.

Et la bonne nouvelle, c’est qu’il est toujours possible de la travailler !

Par contre, si vous voulez avoir l’oreille absolue, c’est-à-dire reconnaître les notes sans avoir la moindre référence au préalable, ce ne sera pas forcément possible. Ceci dit, certains spécialistes disent que c’est inné, d’autres non. Choisissez votre camp.

Mais rassurez-vous, l’oreille absolue n’est pas indispensable.

Dans tous les cas, comme je vous le disais, vous pouvez travailler votre oreille et vraiment progresser. Et je vais vous donner ici quelques exercices pour y arriver (un peu plus loin dans l’article).

Pourquoi développer votre oreille ?

Tout d’abord, vous devez savoir que mieux vous “entendrez”, plus vous apprécierez la musique. Savoir distinguer les mélodies jouées par différents instruments d’un même orchestre vous éclairera sur comment sont organisés les sons, les harmonies, comment sont goupillés les instruments entre eux.

Et même si vous écoutez un instrument solo, comme le piano par exemple, vous serez capable de distinguer les différentes voix les unes des autres. Il s’agit alors de différencier les notes jouées, même simultanément.

Cette conscience de l’organisation vous sera non seulement utile, mais procure le plaisir de mieux comprendre les intentions des compositeurs et des musiciens.

Je me rappelle ado, avoir passé des heures et des heures à écouter de la musique, sans faire quoi que ce soit d’autre.

Juste écouter.

Mes copains me disaient qu’il était impossible pour eux de passer une heure à uniquement écouter un CD, ils s’ennuyaient. Ils ne comprenaient pas que je ne faisais pas qu’écouter.

J’étais aussi en mode analyse.

Écouter chaque instrument séparément et simultanément demande un certain effort et beaucoup d’attention et de concentration. Pas de quoi vous ennuyer, je vous assure, quoique cela dépend de ce que vous écoutez, mais ce n’est pas mon genre d’entrer dans ce débat-là…

Commencez donc par écouter en profondeur. Écoutez la mélodie ne vous posera pas de problème, distinguez ensuite la ligne de basse. La basse est primordiale, et le commun des mortels n’y prête même pas attention. Ensuite, attaquez-vous à ce qui se passe entre les 2.

Se repérer

Développer votre oreille vous aidera fortement à vous repérer sur une partition. Quand on débute, regarder une partition n’évoque rien du tout, et c’est normal ! Quand on apprend à chanter les notes dans sa tête, on arrive à fredonner la partition sans la jouer.

Vous allez me dire : quel intérêt puisqu’il faudra de toute façon la travailler ?

Tout d’abord, vous irez bien plus vite. La correspondance entre ce que vous entendez dans votre tête et se qui se passera sous vos doigts se fera de plus en plus naturellement.

Ensuite, l’assemblage des 2 mains sera aussi facilité. Comme vous aurez appris à bien entendre ce qui se passe dans chaque voix, l’agencement entre elles sera encore une fois plus facile.

Enfin, si vous vous perdez en route, vous vous rattraperez beaucoup plus facilement.

Par exemple, sur scène ou en répet, il m’est déjà arrivé de ne plus savoir comment commence un morceau. Je joue souvent par cœur mais de temps-en-temps j’oublie la mélodie. Quand on a joué d’autres choses avant ou qu’on a un grand répertoire, cela peut arriver.

Je me rappelle même avoir vu un artiste français très connu à la télé il y a de très nombreuses années demander au présentateur “Comment ça fait déjà ?” alors que c’était sa propre chanson, c’est vous dire… Pas mon genre de dénoncer, je ne donnerai pas son nom, juste son prénom : PATRICK !!!!!!!!!!

Vous êtes dans l’ambiance, en général sans partition, et c’est à vous de commencer. Soit j’ai quelques petites notes griffonnées dans un coin pour me rappeler le début des morceaux, soit je mémorise le nom des notes plutôt que les paroles.

Comme je sais le son que produira les notes, qu’elles soient écrites ou en connaissant juste leurs noms, je retrouve la mélodie en chantant dans ma tête, et je peux démarrer.

Retrouver d’oreille

Une fois votre oreille exercée, vous pourrez aussi retrouver des mélodies connues sur votre instrument. Je sais qu’à l’heure d’Internet, il est tentant de rechercher tout de suite une partition ou une grille auprès de notre ami Google, mais je vous assure que rechercher par vous-même est un excellent exercice, sans compter les erreurs de transcriptions des internautes.

Jouer à plusieurs

Si vous comptez accompagner quelqu’un ou jouer en groupe, vous serez forcé d’être à l’écoute. Là, il s’agira non seulement d’écouter ce qui se passe autour de vous, mais aussi de jouer en fonction.

La difficulté est double, et demande de la pratique. Combien de groupes débutants n’ont pas de cohésion parce que chacun joue sa partie dans son coin ?

Cet exercice est excellent, et pour vous y entraîner, vous pouvez utiliser des accompagnements. C’est une des raisons pour lesquelles j’en propose dans mes formations.

L’improvisation

Ensuite, développer votre oreille est un passage obligé pour l’improvisation. J’ai connu des personnes qui avaient appris les gammes, et qui jouaient les notes auxquelles ils avaient “droit” dans leur improvisation.

Mais finalement ils jouaient plutôt à l’aveugle, car ils ne savaient pas forcément quel son serait produit au final. Alors que si vous savez retranscrire ce que vous avez dans la tête en notes, un peu comme une dictée musicale, vous saurez improviser.

Transposition

Enfin, pour les plus aguerris d’entre vous, développer l’oreille permettra d’effectuer des transpositions automatiques rien qu’à l’oreille. C’est-à-dire de retranscrire une mélodie ou une grille dans une autre tonalité. À ce propos, j’ai rédigé un article complet sur les transpositions ici.

Vous voyez qu’il y a une multitude d’intérêts à travailler votre oreille, ne passez pas à côté. Utilisez les indications suivantes pour la développer, en parallèle de votre apprentissage. Vous progresserez forcément.

Comment développer votre oreille ?

Passons maintenant à ce qui vous intéresse le plus, j’imagine, à savoir comment améliorer tout ça.

La première chose est de vous donner une note de référence. Dans bien des cas, il s’agira du “la”. Rien de bien neuf à l’horizon.

Je vous donne une petite procédure si vous voulez travailler l’oreille absolue. [Si cela ne vous intéresse pas, sautez le paragraphe.]

Astuce : tentez de chanter le “la” avant de l’écouter. Si vous arrivez à la chanter AVANT de la jouer, votre oreille est peut-être absolue. Reste à voir votre taux de réussite.

Enfant (et encore maintenant), pour retrouver le “la” sans instrument, je tentais de me rappeler celui donné dans le dessin animé Alice au pays des merveilles, au passage où les fleurs, avant de chanter, donnent le “la” et le “mi“.

Allez savoir pourquoi, cela m’a marqué, et j’ai souvent travaillé mon oreille autour de ça… Vous pourrez trouver des astuces similaires, j’en parlerai plus loin.

Vous voulez vous entraîner par rapport à l’oreille absolue ? Chantez des notes devant votre accordeur. Faites-le à différents moments de la journée, car il faut vous détacher de tout référentiel. Il y a aussi des applications qui mesurent les fréquences. Je vous montre comment ça fonctionne dans la vidéo à 8’42.

Bref, revenons aux exercices de développement d’oreille relative.

Une fois que vous avez votre note de référence, le plus simple est de vous entraîner sur les octaves. Tentez de chanter, oralement ou dans votre tête le “la” à différentes hauteurs. Vérifiez ensuite en jouant la note sur un instrument.

La notion de base

Pour moi, la chose la plus importante à faire, c’est d’avoir toujours en tête le nom des notes que vous jouez quand vous les jouez. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais c’est super important.

Il vous faut développer cette petite voix dans votre tête qui vous chante ce que vous jouez, et j’insiste : avec le nom des notes !

J’en discutais avec quelqu’un récemment. Cette personne me disait qu’elle ne voyait pas l’intérêt d’avoir en tête le nom de la note, et qu’il suffisait de la retranscrire directement en doigté.

Cette approche, complètement visuelle, peut éventuellement donner des résultats à court terme, mais limitera sérieusement les choses par la suite.

Il sera par exemple impossible de :

  • trouver des correspondances si vous jouez d’un autre instrument,
  • d’avoir conscience de ce que vous jouez,
  • d’improviser,
  • d’analyser les morceaux et j’en passe…

Je vous assure, chantez ce que vous jouez, dans votre tête et/ou oralement.

Au départ, commencez par des morceaux qui contiennent peu de notes, avec des mélodies simples. Puis, chantez tout cela sans instrument, et allez ensuite vérifier si ça correspond.

Certaines oreilles sont tellement formatées sur un instrument, qu’il peut y avoir des problèmes lorsqu’on change la sonorité. Si vous avez un clavier électronique, vous pouvez entraîner votre oreille en changeant de temps-en-temps le son utilisé.

L’écoute verticale

Quand vous entraînez votre oreille sur une mélodie, on parle alors de lecture horizontale. Effectivement, ces éléments s’écrivent sur une portée en ligne.

Maintenant, voyons comment penser verticalement.

Il s’agit alors de vous concentrer sur les notes jouées simultanément. On parle alors d’accords, ou d’harmonie.

Comme sur ce site, j’en parle énormément, vous n’aurez pas de problème pour en trouver !

Bref, concentrez-vous tout d’abord sur des accords majeurs. Prenez l’habitude d’en jouer, d’en écouter les sonorités.

Passez ensuite aux accords mineurs. Vous constaterez que la sensation n’est absolument pas la même. Cela sera d’autant plus flagrant pour vous si vous enchaînez un Do avec un Do mineur par exemple.

Associez donc ces sensations à leurs noms (majeur, mineur…). En connaissant les notes qui composent les accords, vous trouverez beaucoup plus facilement les notes rien qu’en faisant appel à la sensation ressentie à l’écoute.

Une fois que vous vous serez bien exercé sur les accords majeurs et mineurs, passez à d’autres types d’accords : 7e, 7M, augmentés, diminués, etc. Chaque type vous donnera un ressenti différent.

Les intervalles

Les écarts entre les notes se nomment intervalles. J’en ai parlé longuement dans l’articleComment utiliser les intervalles pour progresser ?” que vous trouverez ici.

Le ressenti de ces écarts vous aidera aussi à les repérer, et vous pourrez reconnaître les notes grâce à cela.

Par exemple, si vous entendez un Do puis un Mi b, la sensation de la tierce mineure deviendra flagrante pour vous et vous trouverez vos notes.

La dictée musicale

En école de musique, pour développer l’oreille, on passe par la dictée musicale. Il s’agit de reconnaître (et d’écrire) les notes entendues. On pourrait croire qu’à l’évidence il faut être au moins 2 personnes : une qui joue et l’autre qui fait l’exercice.

Mais vous pouvez vous en sortir tout seul.

Pour cela, il vous suffit de vous enregistrer, avec un smartphone ou autre, jouant une note, faisant une pause et disant le nom après. Vous en faites quelques-uns, au pif, et vous les ressortez quelques jours plus tard. Vous repassez l’enregistrement et essayez de deviner ce qui est joué.

Et si vous êtes super motivé, je peux vous indiquer un logiciel qui sert justement à développer votre oreille. C’est quelque chose de réputé et de qualité. Il s’agit d’Ear Master, et vous le trouverez en cliquant ici.

Ce logiciel n’est pas gratuit, mais il vous emmènera loin.

Une autre astuce, qui rejoint un peu mon “la” d’Alice au pays des merveilles, est de procéder de la même façon, mais pour n’importe quelle note.

Si vous mémorisez le nom de la première note d’un morceau ou d’un riff que vous conaissez très bien, vous pourrez la retrouvez plus facilement.

C’est quelque chose que j’utilise très couramment. Par exemple avec les morceaux suivants (influences rocks, on ne se refait pas) :

  • si : Satisfaction des Stones
  • sol sol la : Child in time de Deep Purple
  • ré (mineur) : Another brick in the wall de PinkFloyd
  • accord de Sol : Ziggy Stardust de David Bowie
  • la liste est infinie…

… constituez la votre avec ce que vous écoutez depuis longtemps.

Petite mise en garde : de temps-en-temps les artistes changent la tonalité des morceaux dans d’autres versions (en live par exemple), afin de s’adapter à la voix changeante du chanteur.

Quand j’entends une nouvelle version, je suis souvent très perturbé car je m’en rends compte tout de suite et malheureusement je perds mes repères. C’est un peu le problème d’une oreille “presque” absolue.

Pour improviser

Si vous voulez improviser un jour, voici ce que je vous propose : fredonnez ce que vous voulez sur CD ou une musique d’accompagnement, en utilisant le nom des notes comme indiqué précédemment.

Ensuite, quand vous êtes à l’aise, chantez en même temps que vous improvisez.

Vous retrouvez ce principe dans le magnifique solo de Wish you were here de David Gilmour, mais sans le nom des notes.

Je sais, j’ai beaucoup de références guitaristiques, mais c’est une histoire de goût, et honnêtement je ne connais pas d’exemple de ce type au piano. Mais l’exercice est vraiment bon et adaptable ! Vous ferez un bon en avant vers l’improvisation.

Vous avez maintenant pleins d’astuces pour développer votre oreille. N’en faites pas l’impasse : vous êtes musicien et sans oreille vous n’irez pas loin.

Mais ne vous inquiétez pas non plus, il s’agit d’un apprentissage comme un autre, et elle se développera en même temps que votre jeu si vous utilisez tout de suite les bonnes méthodes.

Bon courage !

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