Les fous du piano

Comment commencer à improviser au piano ?

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Version vidéo de l’article :

J’ai déjà vécu ce moment.

Celui où vous balancez votre partition et où vous vous dites : “Maintenant, je joue ma propre musique !”

Mais une fausse idée persiste.

Loin de nous la prétention d’être aussi bons que les compositeurs géniaux classiques ou rock !

Non, ce n’est pas cela.

C’est la volonté de vous exprimer par vous-même et non au travers les notes d’un autre. Un petit peu comme si vous vouliez raconter une histoire avec vos propres mots.

Il faut en finir avec cette sombre idée : il n’y a rien de prétentieux là-dedans.

Il y a bien longtemps, j’ai trouvé dans un journal ce joli texte, assez court, mais qui en dit long sur l’improvisation. Malheureusement, je n’en ai jamais retrouvé l’auteur.

Pas mal, n’est-ce pas ?

Mais concrètement, comment faire ? Par où commencer ? Comment éviter le syndrome de la page blanche ?

Non, il ne suffit pas de mettre vos mains sur le clavier pour sortir un magnifique solo du premier coup, ça se saurait…

Mais ne croyez pas non plus que c’est inaccessible. Comme pour tout, vous y arriverez à force de pratiquer.

Je vais vous donner ici des éléments pour commencer à improviser, quelques démarches. Car c’est toute le difficulté : comment vous dire quoi jouer, mais que cela vienne de VOUS ?

Je relève le défi, c’est parti.

La technique

Tout d’abord, vous devez savoir qu’il ne faut pas forcément une technique de malade pour improviser. Vous pouvez tout-à-fait jouer de très belles mélodies sans faire 10 notes à la seconde.

La technique conforte, c’est vrai, mais elle est indépendante de l’inspiration. J’ai déjà vu d’excellents pianistes incapables d’improviser.

Par contre, c’est vrai, la technique vous apportera au fur et à mesure des réflexes.

Par exemple, si vous travaillez des arpèges de plusieurs sortes, comme ceux que je vous propose dans cet article 71 exercices techniques sur un seul accord, vous allez acquérir certains automatismes qui pourront alimenter votre improvisation.

Il en va de même pour les gammes, les passages de pouce, les déplacements, on en reparlera plus loin.

Mais sachez qu’énormément de solos nécessitent peu de technique.

Fredonnez

La première chose à faire si vous voulez improviser, c’est de développer votre sens mélodique.

Qui n’a jamais siffloté à tout-va ?

Qui n’a jamais fredonné des “pa pa la pa pa” ?

Finalement, improviser n’est ni plus ni moins que cela.

Le problème sera de convertir en notes, puis en doigtés ces sonorités déjà en vous.

Vous devez apprendre à reconnaître les notes que vous entendez, comme une dictée musicale.

Bien sûr, je vais vous donner d’autres astuces dans la suite de cet article, mais je pense que c’est très important.

Travaillez votre oreille. J’ai d’ailleurs tourné une vidéo là-dessus, le lien est ici.

Avec l’habitude, vous saurez jouer ce que vous entendez en connaissant le nom des notes (vidéo à 4:05).

Ensuite, écoutez cette petite voix en vous, apprenez à l’écouter et à convertir ce qu’elle chante en notes.

D’ailleurs, au début, cette petite voix se fera bien discrète quand vous vous mettrez devant votre clavier. Il faut aussi apprendre à la stimuler sur commande !

Stimuler votre petite voix inspirante

Lorsque j’ai commencé à improviser, je me suis rapidement mis à jouer avec des disques.

Mettez une musique que vous aimez et dont vous connaissez les accords, et pianotez par-dessus.

C’est un exercice sympa, qui non seulement développera votre capacité à trouver des mélodies, mais en plus vous jouerez en rythme. Vous apprendrez à ne pas vous arrêter sur un doigt qui flanche pour continuer à suivre le morceau.

Très bon exercice, mais n’hésitez pas ensuite à retravailler la technique qui vous a manquée quand vous avez fait des erreurs.

Malheureusement, avec cette méthode, cela peut rapidement devenir du brouhaha. Entre tous les instruments du CD, son chant et votre piano, cela devient un vrai cafouillis.

Pour éviter cela, utilisez des versions instrumentales !

Internet pullule de sites qui en propose. Par exemple sur celui-ci, vous trouverez même des playbacks sans piano : Karaoke Version.

Vous en trouverez aussi sur YouTube, ou même des versions karaoké. Pourquoi pas non plus des fichiers MIDI si vous maîtrisez la MAO ?

Jouez sur un seul accord

Traditionnellement, une improvisation jazz se situe après un thème principal.

Le compositeur écrit généralement une grille harmonique (les accords) et une mélodie. Cette mélodie est souvent jouée au début et à la fin.

Mais chaque changement d’accord sera peut-être perturbant au début, car il peut modifier les notes que vous pouvez jouer.

Je vous conseille donc d’improviser sur un seul accord pour commencer.

Jouez-en un à la main gauche, et pianotez à la main droite sans avoir la pression du rythme ou du prochain changement d’accord.

Il existe plusieurs titres sur un seul accord. En voici quelques-uns (assez 70’s, on en se refait pas !) :

  • Pink Floyd : Careful with that axe, Eugene,
  • Ten years after : I Can’t Keep From Crying , extension on one chord,
  • Deep Purple : la fin de Space truckin’ (versions live)

Une fois que vous avez improvisé sur un accord, tentez de le changer.

Voyons maintenant concrètement quelles notes jouer.

Arpèges

Les notes de l’accord sont les premiers éléments que vous pourrez jouer sans risquer de fausses notes.

Commencez par les plaquer, et ensuite vous pourrez les arpéger.

Un bon effet est d’enchaîner les arpèges sur plusieurs octaves.

Encore une fois je vous renvoie sur l’article des 71 exercices sur un seul accord, ici.

Les gammes

Beaucoup de musiciens fonctionnent par gamme.

La première chose à faire sera de définir la tonalité de votre morceau, et de jouer des notes de la gamme correspondante.

Cela peut être une bonne approche, mais je vous mets en garde.

Nombre de personnes que j’ai croisées (et pas forcément des pianistes) connaissent bien leurs gammes. Ils visualisent les notes auxquelles ils ont “droit”, et les jouent plus ou moins au pif.

On en revient à ce que je vous disais au début. Vous devez former des phrases les plus mélodieuses possibles. Cela vient donc aussi de l’oreille.

Utilisez donc les gammes à bon escient, elles pourront délimiter un cadre en vous indiquant les notes possibles à jouer, mais ne perdez pas la musicalité de l’enchaînement de ces notes.

Travaillez votre sens mélodique.

Les modes mineurs

Si vous êtes en mode mineur, vous pourrez alterner les 3 modes.

Cela changera considérablement les sonorités de votre morceau.

Attention toutefois à ce que ces notes correspondent bien à celles des accords.

Enrichissez votre mélodie

Vous avez réussi à jouer quelques mélodies sympas grâce à ce que je vous ai indiqué précédemment ? Voici comment enrichir votre jeu.

Vous pouvez harmoniser grâce à des tierces, des quintes ou des octaves.

C’est une technique très utilisée au chant, mais aussi dans de nombreux solos.

Essayez de jouer plusieurs notes à la fois. Le plus simple pour commencer sera certainement de jouer en octave.

Utilisez votre 1 et votre 5e doigt tout d’abord simultanément, et ensuite en alternance, voir vidéo à partir de 8:55.

La difficulté technique sera de bien utiliser votre poignet pour vos déplacements, et de jouer de façon la moins saccadée possible, sauf bien sûr si c’est l’effet recherché.

La pédale de sustain pourra vous aider à lier vos notes.

La procédure pour jouer en tierce et en quinte sera la même, ceci-dit les doigtés changeront. Voir vidéo à 9:35.

Exemple : si le début de votre mélodie est : do – ré – mi, vous pouvez jouer mi – fa – sol en même temps.

GROSSE GROSSE MISE EN GARDE :

Cette astuce est connue, mais beaucoup n’ont pas le bagage théorique pour l’utiliser à bon escient.

L’exemple que j’ai donné fonctionne en Do majeur, mais pas forcément dans les autres tonalités !

Il faut adapter les altérations (et parfois même les intervalles) en fonction des tonalités. Une tierce peut être majeure ou mineure.

Beaucoup de guitaristes, par exemple, aiment cet effet de jouer en tierce, mais étant seuls ils utilisent une pédale “harmoniseur”. Ils doivent bien paramétrer la tonalité du morceau pour que cela fonctionne.

Mais même comme cela, vous risquez de tomber sur une note étrangère à l’accord.

Par exemple, si votre mélodie est sur un accord de do et se termine par un sol, la tierce sera un si (7e majeur de l’accord). L’effet sera bien particulier !

N’hésitez donc pas à jouer d’autres notes que la tierce pour que cela colle. Dans notre exemple, faites un do à la place du si. Voir vidéo à 10:45.

N’hésitez pas à télécharger mon cours gratuit en complétant le formulaire ci-contre pour plus d’infos sur les intervalles.

D’autres gammes

Vous pouvez aussi utiliser d’autres gammes.

Par exemple, en rock et en blues, les gammes pentatoniques et les gammes blues sont des incontournables.

Je ne vais pas vous faire un cours maintenant sur toutes ces gammes, mais je vais quand même vous en indiquer quelques-unes afin que vous puissiez les essayer sur votre propre musique.

Do majeur pentatonique :

Do mineur pentatonique :


Do blues :

Ces gammes apporterons à n’en pas douter des couleurs différentes à vos improvisations. À user sans modération !

Les petites notes

Pour agrémenter tout ce que nous avons vu jusqu’à présent, vous pouvez utiliser des petits ajouts (voir vidéo à 11:39) :

  • des notes de passage : elles se situent entre des notes non conjointes pour aller de l’une à l’autre de manière continue. Elles se jouent en utilisant les notes de la gamme,

  • des chromatismes : un petit peu comme les notes de passage, mais en utilisant toutes les touches, y compris les touchent noires,
  • des broderies : ce sont des notes qu’on peut ajouter au-dessus ou en dessous d’autres notes,

 ou 

On peut même en ajouter au-dessus ET en-dessous :

ou

  • des petites notes glissées. Si par exemple vous voulez jouer un mi, attrapez la touche noire mi bémol et glisser jusqu’au mi. C’est un petit effet très courant au piano, plein de feeling,
  • des trilles : répétez de façon très rapide 2 notes conjointes

S’appuyer sur un riff ou un plan

Un riff est un thème ravageur très court. Smoke on the water, par exemple.

Un plan est une petite phrase musicale, efficace, que vous pouvez recaser dans plusieurs chansons. Faites-vous une liste de plans. Vous pouvez trouver vos propres plans, mais je vous conseille d’en repérer dans la musique que vous écoutez.

Écoutez les petites phrases musicales qui vous plaisent, reproduisez-les et recasez-les dans votre propre musique.

Avertissement

Vous avez maintenant pas mal d’astuces pour vous débloquer et développer vos improvisations.

Toutefois, faites très attention de ne pas rester juste sur les notes à jouer en oubliant la musicalité.

Vous faites de la musique, et non des copier/coller de notes.

J’ai d’ailleurs publié un article qui parle de la construction d’un solo, vous le trouverez ici.

Une dernière chose.

Mes premières improvisations étaient bourrées de fausses notes. Du coup, à chaque fois que je trouvais quelque chose de juste, je le gardais en mémoire. Et je finissais par jouer à chaque fois les mêmes plans.

Cette démarche n’est pas de l’improvisation, mais de la construction de solo.

Gardez à l’esprit que jouer des fausses notes n’est pas bien grave au début. Vous verrez qu’à force, vous en ferez de moins en moins, et vous vous concentrerez plus sur votre musicalité et même sur la communication avec votre public.

L’improvisation m’est aujourd’hui incontournable, impossible de m’en passer. Cela ne m’empêche pas de jouer aussi des morceaux écrits à la note près.

Maintenant, je voudrais que vous fassiez quelque chose pour moi.

Jouez un accord, par exemple Do, à la main gauche, et pianotez les notes de l’accord ainsi que des notes de la gamme de Do majeur en suivant quelques-unes des indications que je vous ai données.

En faisant cela, vous ferez votre première improvisation, la première d’une longue série.

Cela semble une montagne à franchir, mais faites ce premier pas, vous ne le regretterez pas.

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Comments

  1. Joel Aknin  février 11, 2019

    Bonjour, Je cherche désespérément une explication ‘simple’ de comment improviser en Blues.
    Dans ta vidéo tu abordes rapidement le sujet sur le Blues.
    En fait à travers mes différentes lectures sur Internet, je vois passer des références à l’utilisation de différentes gammes myxolydienne, gamme pentatonique (maj et min), gamme Blues et sa relative etc …
    J’ai compris les relations entre chacune d’elles, mais je n’arrive pas à comprendre quelle(s) gamme(s) doit-on ou peut-on choisir pour la mélodie (l’improvisation) de la main droite d’un Blues.
    Par exemple quand on parle d’un Blues en Sol :
    • Fait-on référence à la gamme Majeure de Sol, sur laquelle je vais chercher les degrés I, IV et V pour avoir les accords 7eme de la main gauche soit G7, C7 et D7 ?
    • Que peut-on jouer main droite comme gamme(s) sur chacun de ces accords ?

    Par moment je comprends que l’on peut jouer
    • le G myxolydien sur G7
    • le C myxolydien sur C7
    • le D myxolydien sur D7
    Mais alors quid des gammes Blues ?? A quoi servent-elles ?
    D’autres fois je lis que l’on peut jouer la gamme pentatonique majeure, la gamme Blues min et sa relative (gamme Blues Maj) ???

    Enfin tout ceci n’est pas très clair ?
    Peut-on espérer de ta part une vidéo claire, synthétique et relativement complète sur le sujet…. comme tu en as l’habitude. Ou as-tu un article sur le sujet ?
    Merci encore

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    • Ludomus  février 11, 2019

      Bonjour,
      C’est vrai que tout cela peut prêter à confusion.
      Je vais donc essayer d’apporter quelques réponses.
      – Pour les degrés I, IV et V, effectivement on peut prendre comme référence la gamme majeure. Du coup, en Sol, on a bien G7, C7 et D7.
      – Il est vrai qu’on peut utiliser le mode myxolydien, mais pour ma part, je conseillerais plutôt l’usage des gammes blues. J’ai commencé comme cela, et le rendu est assez immédiat.
      En fait, on peut utiliser tout ce que vous évoquez. Je ne pense pas qu’il y ait de règle à ce niveau. Je vais vous donner mon point de vue, qui ne sera pas forcément partagé par tous…
      Pour moi, le point de départ à utiliser est bien la gamme blues.
      Les pentatoniques, finalement, sont les mêmes sans la fameuse “blue note”, voici pourquoi on en parle si souvent. On peut donc s’en servir sans problème, cela revient quasiment au même.
      Le mode mixolydien, quant à lui, sonne assez blues à cause de la 7e note, mais vous n’avez pas non plus la “blue note”.
      Vous pouvez donc l’utiliser, mais dans mon usage, je le considère comme des extensions possibles. C’est-à-dire des notes que l’on peut ajouter à la gamme blues pour ouvrir les horizons.
      J’espère vous avoir été utile.
      À bientôt sur le site !

      reply

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