Les fous du piano

Les examens de musique vous font-ils réellement progresser ? (et comment les réussir)

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Version vidéo de l’article :

Vous connaissez cette sensation ?

Vous attendez votre tour devant une porte fermée.

D’autres attendent aussi, et l’ambiance est très tendue.

La moiteur s’installe sur vos main. Vous avez l’impression d’avoir complètement oublié votre morceau. Vous vous jetez sur votre partition pour la lire et la relire.

L’élève qui passait avant vous ressort avec la tête de Droopy.

Ça y est, c’est à vous !

Vous ouvrez la porte, et vous vous retrouvez devant un jury de 3 à 5 personnes. Pas vraiment de sourire… Le ton est très solennel.

Vous leur donnez votre partition, et vous vous installez sur votre siège.

Vous serez jugé sur votre travail. Peu de gens acceptent la critique. Et si vous ratez votre interprétation, le jury ne verra pas forcément le travail que vous avez fourni, toutes ces heures, ces journées et ces mois d’efforts. Et vous aurez du mal à accepter qu’on vous dise que vous n’avez pas fourni les efforts nécessaires, que cela soit vrai ou faux d’ailleurs.

Si vous passez des examens, restez bien jusqu’à la fin, car je vais vous donner des conseils pour les préparer et les réussir.

Mais est-ce vraiment utile ?

Est-ce que passer des examens fera de vous un(e) (ou une) meilleur(e) musicien(ne) ?

La première chose à savoir, c’est que si vous n’avez pas d’objectif professionnel, louper votre examen et continuer dans le même niveau ne sera pas vraiment un problème. Votre professeur particulier vous apportera de toute façon de nouvelles choses à apprendre. S’il est bon, il s’adaptera à votre niveau quel qu’il soit.

Et donc vous progresserez quoi qu’il arrive.

Vous devrez quand même préparer votre examen final avec le fameux morceau de fin d’année. Et même s’il est facile pour vous, vous apprendrez toujours quelque chose.

C’est votre stress que vous devrez apprendre à gérer. Apprenez à vous contrôler quand vous jouez dans des conditions particulières, en public ou devant un jury.

Et une fois qu’on a passé quelques examens, la scène vous semblera tellement plus facile !

Que regarde le jury ?

Tout d’abord, votre connaissance du morceau bien évidemment.

Votre technique aussi, que vos phrasés soient naturels, et que votre tempo soit maîtrisé. Accélérer ou décélérer sont des choses à effectuer volontairement, pour la musicalité du morceau. Mais si vous ralentissez à chaque passage difficile, cela s’entendra forcément.

Vous serez aussi évalué sur votre musicalité, votre capacité à transmettre vos émotions.

Mais une des choses que le jury regarde en priorité, c’est votre capacité à vous rattraper en cas de problème. Cela révèle votre connaissance du morceau. Et cela se travaille vraiment…

J’en ai souvent parlé sur ce site, je ne reviendrai donc pas sur la façon d’apprendre. Je vous renvoie aux liens suivants :

Ce qui me pesait le plus, c’étaient les têtes de déterrés des membres du jury, la tension de mes camarades de jeu et le stress du public quand il y en avait un. J’ai bien dit le stress DU PUBLIC ! Ils ont peur pour nous, et nous le communiquent très fortement.

Un artiste, quelque soit son niveau et sa discipline, est d’abord et avant tout une éponge à émotions, ainsi qu’un transmetteur de ces mêmes émotions.

Rien que les regards de tous ces gens vous plombent l’ambiance.

Vous devez jouer votre pièce de musique en faisant passer quelque chose, devant un jury qui vous remet directement à votre place rien qu’en vous regardant.

Mais cela fait partie du jeu. Et c’est aussi valable pour n’importe quel examen oral au cours de vos études.

Finalement, entrer sur scène pour un concert devant un public, même froid, est facile à côté.

Le public avait aussi pour consigne de respecter le travail des élèves en n’applaudissant pas.

Cela me gênait, mais finalement, cela se comprend.

Une fois, j’avais vraiment réussi mon exam’ en mettant la patate. J’étais tellement dans mon truc que j’avais même joué 3 fois la première reprise sans m’en rendre compte ! J’étais vraiment dedans.

Et les gens ont applaudi quand même. Il s’était passé quelque chose cette année-là. On m’a fait sauter une classe. L’année d’après, pour la petite histoire, ça n’a franchement pas été aussi glorieux !

Mais les autres élèves qui devaient passer après moi me l’ont reproché. C’était difficile pour eux. J’ai compris quelques années plus tard quand je me suis retrouvé dans la situation inverse, et que je suis passé après une élève qui s’était débrouillée bien mieux que moi.

Ces examens sont des événements marquants dans une vie. Mais est-ce vraiment utile ?

Pouvez-vous être un(e) bon(ne) musicien(ne) sans passer d’examen ?

Je pense que c’est tout-à-fait possible, mais à deux conditions.

Il faut jouer fréquemment en public et accepter les critiques. Bien sûr, je ne parle pas d’un “c’est nul !”, mais bien entendu de critiques constructives.

Comme tout apprentissage, il vous faudra accepter ce qu’on vous dira. Et ce sera souvent plus facile pour vous quand cela viendra d’un professeur plutôt que du public.

On apprend souvent de nos échecs. Je n’ai jamais été autant marqué au piano que l’année où j’ai échoué et où on m’a remis à ma place, même si j’ai eu beaucoup de mal à l’accepter.

J’avais toujours eu mes examens, avec en plus félicitations du jury. Et l’adolescence étant ce qu’elle est, j’ai commencé à me reposer sur mes lauriers. Si bien que les progrès se faisaient plus rares.

Je travaillais de moins en moins, alors que les pièces devenaient de plus en plus difficiles.

Je passe devant le jury de fin d’année, avec une prof que je ne connaissais pas, et qui n’avait pas peur de dire les choses.

Et là, j’ai pris une sacrée douche froide !

WHOUAHOUOUOUOU ! Ça réveille ! C’est le moins qu’on puisse dire.

Elle m’a parlé sans détour, son discours était clair. Elle parlait d”or dans les doigts” et surtout du “gâchis“.

À partir de là, vous avez deux solutions :

  • soit vous arrêtez tout,
  • soit vous vous donnez un sacré coup de fouet pour avancer.

Je ne suis franchement pas convaincu qu’avec un prof particulier, ou en apprenant par moi-même, j’aurais su rebondir…

Je n’irai pas jusqu’à dire que les seuls bénéfices de passer des exams est de se faire secouer de temps-en-temps pour notre bien. Mais si vous n’en passez pas, ayez un regard critique sur votre jeu, et surtout un travail constant.

Si vous passez des examens dès votre plus jeune âge, les examens de musique vous aideront dans vos études ou dans votre vie professionnelle.

Le simple fait d’avoir dû vous exprimer dans une telle ambiance à plusieurs reprises vous sera utile pour un oral du bac ou de fac, ou même pour un audit, par exemple. Une fois qu’on est passé seul devant un jury de 4 ou 5 personnes en n’ayant même pas 10 ans, cela vous forge. De plus, je trouve qu’on n’a moins de stress en général étant enfant qu’à l’âge adulte.

Au regard de tout ce que nous avons vu, les examens de musiques ne sont pas inutiles. Ils apportent beaucoup de choses, mais tout de même avec une approche très scolaire.

Si vous n’en passez pas parce que vous apprenez par vos propres moyens, ou que vous avez un professeur indépendant, ayez donc une attitude pour compenser.

Pour moi, deux aspects sont nécessaires pour y parvenir :

  • jouer en public. Même si vous ne faites pas de concert, jouez régulièrement devant vos proches,
  • accepter la critique constructive.

Je dirais qu’un adulte y arrivera plus facilement, car il saura en général mieux se pendre en main qu’un enfant. Mais c’est vrai, cela dépend des objectifs et de la volonté de chacun.

Maintenant que vous avez vu l’utilité des examens, je vais vous donner quelques conseils pour bien les préparer et les réussir au mieux.

Avant l’épreuve

Quand vous revenez d’un examen ou même d’un concert, et que vous avez fait un canard, vous le repassez dans votre tête, et plus jamais vous ne referez cette erreur (à moins d’un vrai problème technique).

C’est une des raisons pour lesquelles on dit qu’un concert vaut 10 répétitions.

Utilisons cet effet en vous mettant le plus possible en condition AVANT l’événement.

Imaginez-vous entrer dans cette fameuse salle, imaginez votre jury, et mettez-vous dans l’état mental de l’épreuve.

C’est quelque chose que je faisais souvent, et les failles de votre jeu devraient ressortir. Vous saurez donc quoi retravailler si nécessaire.

Ensuite, réunissez du monde. Des personnes dont les avis importent à vos yeux. Simulez plus ou moins l’examen, et écoutez les avis.

Pour un premier concert, faites de même !

Attention tout de même à ces avis. À moins que vos proches ne soient des pianistes aguerris, ils ne vont pas forcément pointer les mêmes choses. Et si ce sont des proches, leur regard ne sera pas forcément objectif. Tata Jacqueline n’aura pas le même avis qu’un prof de conservatoire. Mais cela pourra vous aider, car vous aurez tellement la tête dans le guidon que vous passerez peut-être à côté de quelque chose d’évident.

Autre conseil important : essayez le clavier avant.

Voilà un problème que les autres instrumentistes n’ont pas.

Lors d’un examen de piano, vous jouerez sur un instrument qui ne sera pas le votre.

Cela n’a l’air de rien, mais je vous assure que c’est très important.

Chaque clavier a un toucher, des réactions et des sonorités qui lui sont propres :

  • le toucher plus ou moins lourd,
  • les touches qui glissent plus ou moins,
  • les différences de volume par rapport aux différences de jeux,
  • la réverbération de la salle entre aussi en ligne de compte. Sans entrer dans les détails, une longue réverbération nuira à l’intelligibilité du jeu, surtout pour les morceaux rapides,
  • la force pour appuyer sur la pédale de sustain,
  • le type du piano : droit, à queue ou numérique. Je vous garantis que le rendu sera différent à chaque fois,
  • la hauteur du siège, mais j’en reparlerai un peu plus loin,
  • l’accordage : cela peut paraître étrange à notre époque, mais les pianos n’étaient pas toujours à 440Hz ! Certains n’étaient même pas accordés du tout. Si votre oreille est absolue (ou presque), c’est gênant, c’est le moins qu’on puisse dire,
  • et j’en oublie certainement…

Et plus vous monterez en niveau, plus ces notions auront de l’importance.

En école de musique, mon prof faisait toujours le dernier cours sur le piano d’examen, différent du piano de cours habituel (à cause d’un regroupement de communes). Mais là encore, je vous raconte ma vie…

Enfin, même si j’en ai déjà parlé, apprenez à vous reprendre de n’importe quel endroit du morceau.

Voyons maintenant ce qu’il faut faire pendant l’examen

En attendant votre tour, vous allez certainement ressentir un stress, plus ou moins fort suivant votre tempérament.

Si vous y êtes sujet, apprenez à respirer régulièrement et à vous emballer le moins possible.

C’est une maîtrise de soi à acquérir qui est utile dans la vie de tous les jours.

Plus facile à dire qu’à faire, je sais…

Voyons des éléments plus concrets :

  • Vérifiez la hauteur du siège par rapport à la tenue des poignets et l’accès aux pédales. N’ayez pas peur de le régler. Si vous passez après quelqu’un qui fait 3 têtes de moins, vous ne serez pas à l’aise. Petit rappel : les poignets ne doivent pas être cassés,
  • Ne vous précipitez pas pour en finir au plus vite. C’est tout le contraire ! Et le principal sera de faire un bon départ.

Voici comment procéder : chantez les premières mesures dans votre tête avant de démarrer. Et faites-le en vous disant le nom des notes, et surtout à la bonne vitesse.

Vous pouvez me croire, j’ai vu plein d’élèves partir trop vite. Cela s’explique facilement, puisque cela colle avec l’émotion ressentie à ce moment-là.

Soignez votre vitesse !

  • Enfin, soyez le plus expressif possible. Or, l’expressivité est aussi fonction de votre ressenti du moment. C’est pourquoi vous n’aurez certainement pas envie d’écouter un morceau de Maiden pour vous endormir. La maîtrise de vous entrera encore une fois en jeu ici. Il vaut mieux exagérer les nuances plutôt que ne pas en faire.
  • Et si vous vous trompez, faites comme si cela n’était pas arrivé. Ne reprenez pas, continuez ! Le jury s’en rendra compte, mais il verra aussi que vous savez vous rattraper. Cela demande une certaine maîtrise.
  • Arrivé à la fin du morceau, prenez le temps de laissez mourir les notes. Surtout si cela finit par un point d’orgue, c’est-à-dire par une tenue de l’accord final.

On le tient souvent avec la pédale. Laissez sonner le temps qu’il faut. Une fois que vous avez tout lâché, ne bougez plus pendant quelques secondes. D’abord parce qu’il serait bête de jouer des notes par maladresse à ce moment-là (si si, ça arrive), et ensuite parce qu’il faut un silence après la musique.

Ne vous montrez pas trop hâtif pour repartir.

Ensuite, levez-vous calmement, sans précipitation, reprenez votre partition et quittez les lieux.

Ça y est, c’est fini !

Et après ?

Repensez à votre interprétation. La vie du morceau ne s’arrête pas là. Votre examen vous aura donné une expérience et une maturité dans votre jeu.

Analysez tout cela.

Soyez critique envers vous-même, mais pas trop sévère non plus. Ne ressassez pas sans cesse vos échecs et soyez le plus objectif possible.

Rejouez votre morceau régulièrement, entretenez-le, et faites-vous plaisir !

Maintenant, vous avez tout ce qu’il faut pour bien réussir vos examens.

Passez-le le plus sereinement possible, et rendez-vous l’année prochaine au cours supérieur !

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Comments

  1. Hervé  mars 16, 2019

    Dommage que je n’ai pu bénéficier de tous ces conseils précieux lorsque je passais mes examens de musique ça m’aurait aidé à rester calme et à mieux réussir car je suis une angoissée de nature merci Ludo

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    • Ludomus  mars 16, 2019

      Bonjour,
      C’est vrai que les examens posent souvent problème quand on a un tempérament angoissé. Et bien souvent, cela ne s’arrange pas avec le temps…
      Il faut relativiser car finalement les enjeux ne sont pas dramatiques. Mais je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire !
      À très bientôt !

      reply
  2. Marta  mai 23, 2019

    Bonjour Ludo, j’ai 13 ans et je passe mon examen dans deux jours. Je suis très stresser car l’an dernier je l’ai rater. Je n’arrive plus à jouer mon morceau, parce que mais mains tremblent. Je ne sais pas comment calmer mon stresse.

    reply
    • Ludomus  mai 23, 2019

      Bonjour,
      C’est vrai que passer des examens de musique met nos nerfs à rude épreuve !
      Cela réclame une vraie maîtrise de soi. Bien souffler avant de commencer, chanter dans la tête les premières mesures, et surtout ne pas démarrer trop vite !
      En utilisant les conseils donnés dans l’article et la vidéo, cela devrait s’arranger. Mais cela ne viendra pas non plus du jour au lendemain.
      Bon courage pour l’examen !

      reply
  3. Carla  mai 30, 2019

    Bonjour Ludo !
    J’ai 12 ans, je passe mon examen de piano le 5 Juin et… JE SUIS TRÈS STRESSÉE !!!
    Cet examen sera celui qui dira si je passe au cycle supérieur ou pas… J’adore le piano mais j’ai l’impression d’être nulle par rapport aux élèves de mon niveau. Tous mes amis pianistes sont quasi-sur de passer alors que moi c’est tout le contraire… Je suis très angoissée de nature et à part mon prof’ de piano, je ne connais personne pour me faire travailler mon examen… Avez vous des conseils pour travailler de manière productive avant mon examen ? Merci d’avance.

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    • Ludomus  mai 30, 2019

      Bonjour,
      C’est normal et naturel d’être stressée par un examen. Ce ne sont pas forcément des moments faciles à vivre. Toutefois, il faut essayer de dédramatiser. Les conseils que je peux donner pour préparer l’examen sont déjà écrits dans l’article et dans la vidéo. Surtout, il faut bien travailler les passages difficiles, en boucle si nécessaire.
      Ensuite, il faut vraiment contrôler le tempo. Cela s’entend tout de suite quand un élève ralentit quand un passage est plus difficile. Il faut essayer d’être le plus régulier possible, et surtout de ne pas partir trop vite. Bien se concentrer avant de démarrer, bien respirer pour se maîtriser.
      Bon courage et bon examen !

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