Les fous du piano

Comment mémoriser des répertoires entiers ? Le guide complet

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Version vidéo de l’article :

Mais comment font-ils ?

Ils jouent tout un concert d’une seule traite, sans aucune partition, et sans erreur.

Cela représente une quantité impressionnante de notes à mémoriser.

Tous les musiciens ont-ils une mémoire d’éléphant ?

Démystifions la chose. Autant vous le dire tout de suite, NON ! Pas forcément.

Peut-être avez-vous déjà du mal à retenir une seule chanson ? D’ailleurs, au passage, j’explique dans cette vidéo pourquoi je trouve utile d’apprendre à jouer par cœur… lien ici.

Voyons dans cet article comment retenir des répertoires entiers.

Connaître les notes

Tout d’abord, vous devez connaître les notes que vous jouez. C’est la base.

Encore une fois, je suis pour le solfège et le placement des notes sur le clavier. Beaucoup d’éléments que je vais détailler ci-dessous découleront de cela.

Quand vous jouez un morceau, plutôt que de penser à la mélodie en chantant dans votre tête “lalala”, prenez l’habitude de penser aux notes :”sol sol la do sol”. Et ceci dès le début de son apprentissage.

Forcément, quand vous le jouerez, le simple fait de connaître les notes rendra la chose beaucoup plus facile. En plus, la mémoire visuelle rentrera en jeu. Vous associerez petit-à-petit le nom de la note jouée, son emplacement sur le clavier, et surtout le son produit.

Appliquez ceci même lorsque vous jouez un morceau chanté.

Remplacez les paroles par le nom des notes, comme je l’ai fait pour Let it be dans mon présent exemple. Cela n’est pas si sorcier, prenez cette habitude, et à force vous les retiendrez.

Même quand vous voudrez jouer le morceau après un long moment, vous vous rappellerez le nom des notes en les fredonnant, et du coup vous retrouverez au moins la mélodie.

Mémorisez la grille d’accords

Il y a encore plus fort que de mémoriser la mélodie, apprenez la grille d’accords !

En général, il y a moins de choses à retenir sur une grille. 10 ou 20 accords à retenir, c’est beaucoup moins que les centaines de notes d’une chanson.

Les accords ne font peut-être pas complètement la chanson, mais ils en sont l’architecture, les fondations.

Jouer la grille peut vous sauver. Même si vous avez oublié la mélodie, vous pouvez vous en servir pour la retrouver. En effet, les notes de l’accords sont en général dans la mélodie. Il y a évidemment d’autres notes, mais elles en sont la base. Je vous le montre dans la vidéo à 2:39.

De ce fait, si vous ne vous rappelez plus très bien les notes de la mélodie, connaître l’accord vous permettra de retrouver la ou les notes manquantes.

Comment faciliter l’apprentissage des accords ?

Je ne vous demande pas de prendre votre grille devant vous et de la réciter. Il vaut mieux essayer de l’apprendre le plus naturellement possible.

Tout d’abord, quand vous jouez, ayez conscience de l’accord sur lequel vous êtes. Prenez cette habitude. À force, son nom viendra tout seul.

Autre astuce : pensez aux notes de basse.

Dans bien des cas dans la musique pop-rock, c’est cette note qui donne son nom à l’accord. Par exemple, si vous avez un FA à la basse, vous êtes certainement sur un accord de Fa.

Cela fonctionnera si vous n’êtes pas sur un accord renversé. Il ne restera plus qu’à savoir si c’est majeur ou mineur. Et pour ce faire…

… Sachez reconnaître la tonalité du morceau !

Grâce à elle, vous saurez quels accords vous pourrez utiliser, exceptions faites des modulations (changements de tonalité) ou emprunts.

Par exemple, en Do majeur, vous pouvez avoir les accords parfaits suivants :
DO, RÉm, MIm, FA, SOL, LAm, SIdim

Dans notre exemple d’un FA à la basse en Do majeur, vous êtes certainement sur un accord de FA (F) (encore une fois sauf renversement ni modulation).

Pour plus de renseignements sur les accords, n’hésitez pas à télécharger le guide en remplissant le formulaire ci-contre.

Connaître la tonalité du morceau doit être un réflexe pour vous. Soit elle est indiquée, soit vous la retrouvez grâce aux altérations à la clé.

Et les partitions classiques, alors ?

Pour une pièce classique, il vous sera du coup bien utile de procéder à une petite analyse harmonique. Cela vous aidera à faciliter votre déchiffrage, mais aussi votre mémorisation.

Vous devez apprendre à reconnaître les accords de votre partition, même classique.

Quand j’étais en cours piano, j’apprenais au départ mes morceaux à la note près, ne voyant aucun rapport entre les différentes notes. Puis mon professeur m’a donné de nombreux cours d’harmonie classique. Au passage, les chiffrages et les règles y sont quelque peu différentes.

De retour sur l’instrument, il m’a fait remarquer sur quel degré et quel accord on était. Et là, tout est devenu plus simple à comprendre et à mémoriser. Lorsque vous avez par exemple plusieurs notes jouées à la fois, elles forment un accord (par définition), et le connaître devient très utile.

Même sans instrument, ni partition, repensez à votre morceau, fredonnez les notes avec leur nom à tout moment de la journée, pendant une pause par exemple. S’il y a des trous, soit ils se reboucheront tout seul à force, soit vous jetez un p’tit coup d’œil sur votre partition.

La récurrence

Préférez toujours travailler votre titre de façon très fréquente, même si vous le faites pendant une durée très courte. Vous faciliterez la mémorisation, c’est prouvé scientifiquement. C’est d’ailleurs valable dans tous les domaines.

Attention quand même, à force on croit tout connaître et des erreurs s’installent avec le temps. Donc même si vous connaissez tout sur le bout des doigts, rejouez de temps-en-temps avec votre partition ou votre grille.

La mémoire gestuelle et visuelle

Lorsque vous jouez, vous avez plusieurs sens qui travaillent en même temps : la vue, le toucher et l’ouïe.

L’ouïe paraît évidente, mais en fait elle ne l’est pas.

De très nombreux élèves ne s’écoutent pas ! Cela peut paraître idiot, mais c’est vrai !

Ils font plus confiance à leur vue qu’à leur ouïe, ce qui est complètement paradoxal en musique.

Par exemple, ils visualisent ce qu’ils doivent jouer, appuient sur les touches correspondantes, et ne se rendent pas forcément compte quand cela sonne faux. Il font confiance à leur vue, même si des erreurs leur ont échappé.

Par conséquent, méfiez-vous de votre vue pendant votre apprentissage.

Par contre, une fois votre morceau maîtrisé, vous pourrez faire travailler votre mémoire visuelle.

À force de voir vos mains jouer, vous allez mémoriser leurs placements. Vous verrez même des points communs visuels entre différents morceaux, souvent liés à des similitudes harmoniques ou de doigtés.

Mais nous oublions un troisième sens, à mon avis hyper important : le toucher.

On le néglige trop.

Quand vous jouez, surtout au piano, vos mains prendront des positions particulières, à cause notamment des touches noires. Et cela peut paraître bizarre, mais cette mémoire “physique” si je puis dire, vous aidera aussi.

Si vous mimez votre jeu sans clavier, c’est cette mémoire qui entre en jeu.

Et les enchaînements des notes par rapport aux autres provoqueront à force des réflexes physiques.

C’est pour cela que beaucoup d’élèves, lorsqu’ils se trompent, reprennent le morceau quelques mesures avant pour retrouver ces réflexes, ces gestes maintes et maintes fois exécutés.

Entre parenthèses, reprendre les passages est très bon lorsque vous travaillez, mais apprenez à vous reprendre à partir de n’importe quel endroit. J’en parle dans la vidéo ici, fermez la parenthèse.

Ayez donc conscience de la gestuelle de votre interprétation pour en faciliter la mémorisation “physique”.

La mémoire séquentielle

En plus de cela, des études ont montré qu’en musique on utilise la mémoire en série. Si vous fredonnez un passage d’une chanson connue, machinalement notre cerveau l’enchaînera à la suite, à force de l’avoir entendue.

Cela fonctionne bien, mais comme précédemment, cela rend difficile de savoir reprendre de n’importe quel endroit.

Pour aller encore plus loin dans l’analyse : les degrés

Vous connaissez les accords de votre chanson ?

Super ! Mais connaissez-vous les degrés ?

Cette notion poussera encore plus loin votre analyse, et vous aidera à la mémorisation.

Par contre, elle demande un peu plus de temps à assimiler.

Comment cela se présente ?

Je ne vais pas donner un cours entier, cela prendrait trop de temps, mais je vous donne ici les principes de base. Vous allez voir, ce n’est pas sorcier.

Prenons la tonalité de Do majeur, l’exemple le plus simple.

Je vous ai déjà dit dans cet article que vous avez le droit à certains accords. Et bien, nous allons tout simplement les numéroter comme ceci :

Ces degrés s’écrivent toujours avec des chiffres romains.

Si votre morceau utilise en Do majeur les accords DO / LAm / SOL, vous utilisez la suite I / VI / V.

L’intérêt est de pouvoir les écrire dans n’importe quelle tonalité.

Si vous voulez jouer le même morceau en Sol majeur, voici la correspondance :

Si j’utilise les mêmes degrés (I / VI / V), j’aurai donc : SOL / Mim / RÉ.

La démarche ici est celle d’une transposition.

Pourquoi je vous parle de cela dans un article sur la mémoire ?

Tout simplement parce que vous vous rendrez compte qu’énormément de morceaux sont construits de la même façon, ou presque.

Notre mémoire fonctionne par analogie. Cela s’explique, paraît-il, par les connexions synaptiques. En gros, si une chose ressemble à une autre que vous connaissez, le cerveau constate l’analogie et ainsi vous la retiendrez plus facilement.

Mais encore faut-il reconnaître ces analogies !

C’est là que l’analyse des degrés vous sera utile.

Comme je vous l’ai dit, énormément de grilles sont récurrentes, mais elles sont jouées dans des tonalités différentes. Mais si vous en faites l’analyse des degrés, elles ne vous échapperont plus !

Et plus vous en connaîtrez, et plus il deviendra facile d’en mémoriser.

Je vais vous donner 2 exemples très concrets de ce que j’avance.

La grille blues

Cette grille est universelle. Elle a servi, et sert encore, à jouer des milliers de titres.

La voici :

Il vous suffit d’adapter cette grille à différentes tonalités. Et je vous garantis qu’une fois maîtrisée, vous la reconnaîtrez très facilement.

Les accords magiques

Ce sont des accords qui sont énormément utilisés dans la chanson, dans tous les styles.

J’en parle dans cet article. Repérez-là dans différentes tonalités, je vous ai déjà détaillé tout cela.

Il s’agit de la suite : I, V, VI, IV.

Comme elle se répète souvent, elle devient facile à mémoriser.

Mais ce qui se passe avec ces fameux accords magiques est vrai aussi pour d’autres tournures que l’on retrouve dans tant de chansons.

La structure expressive

Vous devez IMPÉRATIVEMENT repérer dans votre morceau les différentes expressivités que vous allez y rencontrer.

Par exemple, un troisième couplet plus doux que les autres, un refrain plus fort, un pont au feeling particulier, un solo progressif, etc.

Cela va plus loin que la structure au sens habituel du terme. Vous savez ? Celle que l’on peut écrire ainsi :

Intro – couplet – refrain – couplet – refrain – solo – couplet – pont – refrain – conclusion

Vous devez évidemment établir ce diagramme pour tous les titres que vous jouez. Elles sont souvent redondantes dans la musique pop-rock.

Et associez-y de l’expressivité :

Intro (douce) – couplet – refrain – couplet (plus intentionné que le premier) – refrain (plus fort que le premier) – solo – couplet (très doux) – pont (médium pour relancer) – refrain (fort) – conclusion (très fort)

N’hésitez pas à ajouter toutes les indications utiles, comme des changements de tempo, des modulations (par exemple +1 ton ou 1/2 ton dans les derniers refrains), jeu lié, notes piquées, etc..

Vous aurez donc une structure architecturale ET expressive, plus facile à retenir et à appliquer.

Finalement, tout s’explique une fois que l’on sait que le cerveau fonctionne par analogie.

Fort heureusement, en musique on est loin de nos poésies à l’école, si longues à mémoriser parce que nous ne pouvions pas utiliser ces analogies.

Je dirais même que plus vous apprendrez de morceaux, plus il vous sera facile d’en mémoriser de nouveaux.

Vous avez peut-être déjà ressenti du stress parce que vous aviez peur d’oublier vos notes avant une représentation ou un examen ?

Moi aussi. Évidemment.

Puis, j’ai commencé l’étude harmonique et l’analyse. Et maintenant, cette crainte n’existe quasiment plus. Je sais que dans le pire des cas, je saurai me rattraper, sachant sur quel accord je suis.

Je vous conseille aussi d’improviser le plus souvent possible. Avec l’habitude, vous saurez jouer des phrases musicales quelque soit la grille. Osez l’aventure ! Et grâce à cela vous rattraper ne sera plus un problème.

Un dernier point, et pas des moindres : il est largement préférable de travailler un petit peu tous les jours plutôt qu’une grosse fois par semaine.

Je ne le dirai jamais assez : pratiquez le plus quotidiennement possible pour plus d’efficacité d’apprentissage ET de mémorisation.

Travaillez le plus fréquemment possible, en disant le nom des notes que vous jouez et fredonnez. C’est, à mon avis, le meilleur point de départ.

C’est important, faites-le.

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